Comment gérer son patrimoine après une carrière sportive ?

La carrière d’un sportif professionnel, souvent aussi courte qu’intense, concentre en quelques années des revenus considérables mais instables. La notoriété, les contrats de sponsoring, les primes de performance ou encore l’exploitation du droit à l’image génèrent des flux importants, soumis à une forte pression fiscale et sociale. Pourtant, l’arrêt de la carrière, parfois précoce ou brutale, marque la fin de ces revenus et la nécessité de transformer un capital de performance en un capital de sécurité.

Anticiper cette transition est un enjeu majeur de gestion de patrimoine. Il ne s’agit pas seulement de «placer ses gains», mais de structurer, protéger et faire fructifier un patrimoine dans la durée. Cela implique une réflexion globale intégrant fiscalité, structuration juridique, prévoyance, investissements et transmission.

Ce travail d’anticipation repose sur deux grands piliers. D’une part, anticiper la fin de carrière : un impératif de protection et de pérennisation du patrimoine (I) et d’autre part, les stratégies patrimoniales pour organiser l’après-carrière (II).

I. Anticiper la fin de carrière : un impératif de protection et de pérennisation du patrimoine

A. Une période charnière : de la carrière rémunératrice à la stabilité financière future

1. Une carrière courte et inégale

La durée moyenne d’une carrière sportive de haut niveau varie entre 5 et 10 ans. Ce temps limité concentre l’essentiel des revenus d’une vie professionnelle. Cette intensité financière, combinée à la précarité du parcours (blessures, sélections, performances, contrats), rend indispensable une gestion proactive dès les premières années de carrière.

La plupart des sportifs doivent envisager une seconde vie professionnelle, avec des revenus bien inférieurs. Sans stratégie patrimoniale, beaucoup se retrouvent confrontés à une érosion rapide de leur capital, notamment sous l’effet de la fiscalité et d’un train de vie difficile à ajuster.

2. L’importance d’une approche globale et précoce

La clé réside dans une planification anticipée.

Dès le début de carrière, un accompagnement pluridisciplinaire, avocat fiscaliste, expert-comptable, conseiller en gestion de patrimoine, permet d’établir un bilan patrimonial complet : structure des revenus, fiscalité applicable, besoin de liquidités, protection sociale et projet de reconversion.

Cette approche doit concilier trois objectifs :

  1. Sécuriser les revenus de carrière (contrats, image, primes) ;
  2. Capitaliser pendant les années de forte activité ;
  3. Préparer la transition vers une source de revenus pérenne et diversifiée.

Le sportif ne doit pas se limiter à la performance : il doit apprendre à transformer ses revenus exceptionnels en patrimoine durable.

B. Structurer et diversifier les sources de revenus dès la période d’activité

1. L’exploitation du droit à l’image : une ressource à structurer

La médiatisation des sportifs, amplifiée par les réseaux sociaux, offre des opportunités de diversification à travers l’exploitation commerciale de leur image.

Mais cette exploitation directe expose à une forte charge sociale et fiscale.

Deux schémas principaux existent :

  • L’exploitation directe : le sportif signe lui-même des contrats de sponsoring ou d’équipementier. Les revenus sont imposés comme bénéfices non commerciaux (BNC), soumis à l’impôt sur le revenu (jusqu’à 45 %) et aux prélèvements sociaux (17,2 %).
  • L’exploitation via une société : le sportif crée une société de gestion de droits à l’image, soumise à l’impôt sur les sociétés (IS) (25 %). Cette structure permet de mutualiser les charges, différer la fiscalité et capitaliser au sein d’un véhicule patrimonial.

Ce second modèle, bien encadré, est souvent privilégié dans une logique d’optimisation et de pérennisation.

2. L’intérêt de la société d’image comme outil patrimonial

L’interposition d’une société (souvent une SASU ou SARL pour les sportifs résidents en France, voire une LLC à l’étranger) présente plusieurs atouts :

  • Réduction du frottement fiscal : IS à 25 % au lieu d’un taux global IR + charges pouvant dépasser 60 %.
  • Capitalisation interne : les bénéfices peuvent être réinvestis (immobilier, titres, fonds).
  • Préparation de la transmission : la société peut devenir un véhicule patrimonial transmissible.
  • Organisation professionnelle : gestion des droits, du personnel, des partenariats, voire du merchandising.

Toutefois, le recours à une société doit être sincère. L’administration peut requalifier le montage sur le fondement de l’abus de droit fiscal (LPF, art. L. 64) ou de l’article 155 A du CGI, étendu en 2024 aux revenus d’image exploités via des sociétés étrangères.

Un accompagnement juridique et fiscal spécialisé est donc indispensable.

II. Les stratégies patrimoniales pour organiser l’après-carrière

A. Mettre en place une ingénierie fiscale et patrimoniale adaptée

1. Arbitrer entre perception directe et société de gestion

Le choix entre percevoir directement ses revenus ou les canaliser via une société dépend de plusieurs paramètres :

  • Montant des revenus liés à l’image ;
  • Existence de partenaires internationaux ;
  • Projet de capitalisation et de transmission ;
  • Durée prévisionnelle de la carrière.

Ainsi, un sportif en début de carrière avec une notoriété croissante aura intérêt à constituer sa société tôt, lorsque la valeur de son image reste faible, afin d’éviter une imposition immédiate sur la plus-value d’apport (CGI, art. 151 octies).

En revanche, un athlète en fin de carrière, sans projets d’exploitation commerciale postérieure, privilégiera une perception directe et des placements sécurisés (contrats de capitalisation, assurance-vie, immobilier).

2. Sécuriser les montages et éviter les requalifications

Il est important de souligner les nombreux risques de requalification :

  • URSSAF et Code du travail (art. L.7123-3) : requalification en contrat de travail lorsque le sportif est soumis à des obligations (port d’équipements, présence à des événements).
  • Article 155 A du CGI : imposition en France des revenus logés dans une société étrangère contrôlée par un résident français, même si la société dispose d’une substance réelle.

Ces requalifications peuvent entraîner un coût social et fiscal majeur. D’où la nécessité de :

  • formaliser des contrats distincts pour les prestations sportives et commerciales ;
  • justifier la réalité de l’activité de la société (factures, locaux, comptes) ;
  • éviter toute domiciliation dans un État à régime fiscal privilégié.

En pratique, un audit fiscal et patrimonial annuel est recommandé pour ajuster la stratégie selon les évolutions du droit et de la situation du sportif.

B. Diversifier et transmettre : construire un patrimoine durable et transmissible

1. Diversifier ses investissements

La diversification est la clé d’une stabilité post-carrière.

Le patrimoine du sportif doit reposer sur plusieurs piliers :

  • Immobilier : résidence principale, investissement locatif (Pinel, LMNP, déficit foncier), voire immobilier commercial.
  • Placements financiers : PEA, assurance-vie, contrat de capitalisation, private equity, fonds patrimoniaux.
  • Internationalisation : constitution de holdings ou de sociétés de portefeuille pour investir à l’étranger, avec attention aux conventions fiscales.

Ces supports permettent d’adapter la stratégie à chaque phase : constitution, rendement, puis transmission.

Les sociétés patrimoniales (SCI, SAS patrimoniale, société de portefeuille) sont des vecteurs privilégiés pour :

  • loger les actifs ;
  • organiser la gouvernance familiale ;
  • anticiper la transmission tout en gardant le contrôle.

2. Anticiper la transmission et la reconversion

L’après-carrière n’est pas seulement financière : elle est aussi humaine et professionnelle.

Le sportif doit envisager :

  • sa reconversion (coaching, entrepreneuriat, média, immobilier, formation) ;
  • sa protection personnelle et familiale (régime matrimonial, contrat d’assurance, prévoyance) ;
  • la transmission de son patrimoine à ses proches ou via une fondation.

Les outils juridiques et fiscaux à privilégier :

  • Pacte Dutreil pour transmettre des titres à moindre coût fiscal ;
  • Donation temporaire d’usufruit pour soutenir un proche ou un organisme ;
  • Assurance-vie pour la transmission hors succession ;
  • Société holding familiale pour gérer les actifs post-carrière et mutualiser les participations.

Un accompagnement par un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) et un avocat droit du sport/fiscaliste garantit la cohérence entre stratégie sportive, fiscale et patrimoniale.

Focus fiscal : le droit à l’image, un levier patrimonial à double tranchant

La création d’une société d’exploitation de droits à l’image permet de transformer un revenu éphémère en capital durable, mais exige une parfaite maîtrise du cadre fiscal :

  • IS à 25 % sur les bénéfices, au lieu d’une imposition au barème progressif de l’IR ;
  • Taxation différée en cas de non-distribution ;
  • Risque d’abus de droit fiscal si la société est purement artificielle ;
  • Article 155 A du CGI : extension depuis 2024 à l’exploitation d’image via sociétés étrangères, même en l’absence de lien direct avec l’activité sportive ;
  • Conventions fiscales internationales : certaines (France–Luxembourg, par exemple) limitent l’imposition à l’État source pour des revenus inférieurs à 20 000 €.

En pratique, la société d’image doit être envisagée comme un véritable outil de gestion et d’investissement, non comme une simple « coquille » d’optimisation.

Bien utilisée, elle devient un vecteur de capitalisation, de diversification et de transmission.

Conclusion : de la performance à la pérennité

La réussite sportive ne se mesure pas uniquement en trophées. Elle se prolonge dans la capacité du sportif à transformer son succès en sécurité financière.

Anticiper la fin de carrière, c’est accepter que la performance économique succède à la performance physique.

Grâce à une ingénierie patrimoniale globale, intégrant fiscalité, structuration juridique, placements et transmission, le sportif peut :

  • préserver le fruit de sa carrière ;
  • assurer son indépendance financière ;
  • préparer sereinement sa reconversion et sa succession.

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