La fiscalité des sportifs internationaux constitue aujourd’hui un enjeu majeur à l’intersection du droit fiscal interne et du droit fiscal international. L’intensification des échanges, la mobilité accrue des sportifs de haut niveau et la diversification de leurs sources de revenus rendent leur situation particulièrement complexe à appréhender.
Un sportif professionnel peut, au cours d’une même année, percevoir des revenus issus de plusieurs États : salaires versés par un club étranger, primes de compétition, revenus de sponsoring, droits à l’image ou encore revenus patrimoniaux. Cette multiplicité des sources de revenus, combinée à la diversité des systèmes fiscaux, fait naître un risque central : celui de la double imposition.
La fiscalité des sportifs internationaux repose ainsi sur une articulation délicate entre les règles de territorialité de l’impôt, les critères de résidence fiscale et les mécanismes prévus par les conventions fiscales internationales. La décision rendue par le Tribunal administratif de Paris le 15 mars 2023, relative à un joueur ayant participé à la Coupe du monde 2014, illustre de manière particulièrement éclairante ces enjeux.
Dans ce contexte, comprendre les règles applicables et anticiper les risques fiscaux apparaît indispensable afin de sécuriser durablement les revenus et le patrimoine des sportifs.

Sommaire
I. Fiscalité des sportifs internationaux : règles d’imposition et articulation des systèmes fiscaux
A. La primauté du lieu d’exercice de l’activité sportive
La fiscalité des sportifs se distingue du droit fiscal international classique par l’application d’un principe spécifique, issu de l’article 17 du modèle de convention fiscale de l’OCDE. Selon ce principe, les revenus tirés d’une activité sportive sont imposables dans l’État dans lequel cette activité est effectivement exercée.
Cette règle constitue une dérogation notable au principe selon lequel les revenus sont imposés dans l’État de résidence du contribuable. Elle se justifie par la volonté des États d’imposer les revenus générés sur leur territoire, notamment lorsque les manifestations sportives y créent une valeur économique importante.
Concrètement, un sportif peut être imposé dans chacun des pays dans lesquels il exerce une activité, qu’il s’agisse de compétitions officielles, de matchs amicaux, d’événements promotionnels ou d’opérations de communication.
Un joueur de football résidant fiscalement en France mais participant à une compétition internationale au Brésil verra ainsi les revenus tirés de cette compétition imposables au Brésil. Cette multiplicité des lieux d’imposition constitue l’une des principales sources de complexité de la fiscalité des sportifs internationaux.
B. La résidence fiscale des sportifs : un critère déterminant désormais encadré par les conventions fiscales
Si le lieu d’exercice de l’activité détermine le droit d’imposer les revenus sportifs, la résidence fiscale demeure un critère essentiel, dans la mesure où elle conditionne l’imposition des revenus mondiaux du contribuable.
En droit français, l’article 4 B du Code général des impôts, dans sa rédaction issue de la loi du 14 février 2025, prévoit qu’une personne est considérée comme domiciliée fiscalement en France dès lors qu’elle remplit l’un des critères suivants : le foyer ou le lieu de séjour principal, l’exercice d’une activité professionnelle principale ou encore le centre des intérêts économiques.
Il suffit, en principe, qu’un seul de ces critères soit rempli pour que l’administration fiscale française considère le contribuable comme résident fiscal. Toutefois, la réforme intervenue en 2025 a introduit une précision fondamentale : ces critères ne s’appliquent que sous réserve des conventions fiscales internationales.
Cette précision consacre expressément la primauté du droit conventionnel. Ainsi, un sportif peut remplir les critères de résidence fiscale en France au sens du droit interne, tout en étant considéré comme résident fiscal d’un autre État au regard de la convention fiscale applicable.
Cette articulation est particulièrement importante dans le cas des sportifs, dont la carrière implique souvent des attaches multiples, tant sur le plan personnel que professionnel. Elle permet d’éviter des situations de double résidence fiscale et constitue un outil essentiel de prévention des conflits fiscaux.
C. L’illustration jurisprudentielle : la décision du Tribunal administratif de Paris du 15 mars 2023
La décision rendue par le Tribunal administratif de Paris en mars 2023 constitue une illustration particulièrement pertinente des mécanismes de double imposition applicables aux sportifs.
En l’espèce, un joueur de football, résident fiscal français, évoluait dans un club français tout en étant sélectionné en équipe nationale argentine. À ce titre, il avait participé à la Coupe du monde 2014 organisée au Brésil et perçu des revenus liés à des matchs disputés en Argentine et au Brésil.
L’administration fiscale française avait imposé l’ensemble de ces revenus au titre de la résidence fiscale du joueur en France, tout en accordant un crédit d’impôt partiel. Le contribuable contestait cette imposition, notamment en ce qui concerne les revenus perçus dans le cadre de la compétition internationale.
Le Tribunal administratif a rappelé que les revenus tirés d’une activité sportive sont imposables dans l’État où cette activité est exercée. Il en a déduit que les revenus liés aux matchs disputés en Argentine étaient imposables dans cet État, tandis que ceux provenant des matchs joués au Brésil relevaient de la fiscalité brésilienne.
En tant que résident fiscal français, le joueur demeurait toutefois imposable en France sur l’ensemble de ses revenus mondiaux. Le mécanisme d’élimination de la double imposition reposait donc sur l’octroi d’un crédit d’impôt.
Or, le Tribunal a considéré que ce crédit d’impôt ne pouvait être accordé qu’à condition que le contribuable apporte la preuve d’une imposition effective à l’étranger. En l’espèce, si les revenus perçus en Argentine avaient bien été imposés, ceux liés à l’activité exercée au Brésil ne faisaient l’objet d’aucune preuve d’imposition.
En conséquence, le crédit d’impôt a été refusé pour ces derniers, conduisant à une double imposition effective.
Cette décision souligne l’importance du lieu exact d’exercice de l’activité sportive ainsi que la nécessité de documenter précisément l’imposition à l’étranger.
II. Double imposition des sportifs : mécanismes d’élimination et stratégies de sécurisation
A. Les mécanismes juridiques d’élimination de la double imposition
Les conventions fiscales internationales ont pour objectif principal d’éviter que les mêmes revenus soient imposés dans plusieurs États.
Le mécanisme le plus fréquemment utilisé est celui du crédit d’impôt. Dans ce cadre, le contribuable déclare l’ensemble de ses revenus dans son État de résidence et peut imputer l’impôt payé à l’étranger sur l’impôt dû dans cet État. Ce mécanisme est toutefois strictement encadré : il suppose que l’imposition étrangère soit effective et dûment justifiée, et il est limité au montant de l’impôt français correspondant.
Certaines conventions fiscales prévoient également un mécanisme d’exonération, en vertu duquel les revenus imposés à l’étranger ne sont pas imposés dans l’État de résidence. Toutefois, ce mécanisme est rarement applicable aux sportifs en raison de la spécificité du régime prévu par l’article 17 du modèle OCDE.
Par ailleurs, des dispositifs spécifiques peuvent être mis en place à titre exceptionnel. Tel est notamment le cas du régime prévu pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, qui permet, sous certaines conditions, d’atténuer les situations de double imposition pour les sportifs issus d’États n’ayant pas conclu de convention fiscale avec la France.
B. Les principaux risques fiscaux pour les sportifs internationaux
Malgré l’existence de ces mécanismes, les sportifs restent exposés à des risques significatifs de double imposition.
Le premier de ces risques tient à l’absence de preuve d’imposition à l’étranger. Comme l’illustre la décision du Tribunal administratif de Paris, le bénéfice du crédit d’impôt est subordonné à la production de justificatifs précis. À défaut, les revenus peuvent être imposés intégralement dans l’État de résidence, même s’ils ont vocation à être imposés à l’étranger.
Le deuxième risque réside dans les conflits de résidence fiscale. Un sportif peut être considéré comme résident fiscal dans plusieurs États en raison de ses attaches personnelles, de son activité professionnelle ou de la localisation de ses intérêts économiques. Les conventions fiscales permettent de résoudre ces conflits en s’appuyant sur des critères hiérarchisés, tels que le foyer d’habitation permanent ou le centre des intérêts vitaux. Toutefois, leur mise en œuvre peut s’avérer complexe et donner lieu à des contentieux.
Un troisième risque concerne les retenues à la source applicables aux sportifs non-résidents. En France, l’article 182 B du Code général des impôts prévoit l’application d’une retenue à la source sur les revenus tirés d’une activité exercée sur le territoire français. Cette retenue, généralement fixée à 15 % du montant brut, n’a pas de caractère libératoire et s’accompagne d’une imposition complémentaire sur une base nette.
La jurisprudence a toutefois apporté des précisions importantes. Dans sa décision du 17 février 2015, le Conseil d’État a jugé que cette retenue devait être regardée comme un acompte sur l’impôt et non comme un prélèvement définitif. Cette qualification permet au contribuable de demander la restitution de l’excédent lorsque la retenue excède l’impôt effectivement dû.
Enfin, il convient de souligner le renforcement des contrôles fiscaux internationaux. Les administrations fiscales disposent désormais de moyens accrus pour échanger des informations et contrôler les flux transfrontaliers. Cette évolution accentue l’importance de la traçabilité des revenus et de la conformité des déclarations fiscales.
C. Les bonnes pratiques pour sécuriser la fiscalité des sportifs internationaux
Face à ces enjeux, une approche proactive et structurée est indispensable.
Il convient en premier lieu d’anticiper les conséquences fiscales de chaque activité internationale. Cela suppose d’analyser les conventions fiscales applicables, d’identifier les États susceptibles d’imposer les revenus et de prévoir les modalités d’élimination de la double imposition.
La documentation des revenus constitue également un élément essentiel. Le sportif doit être en mesure de justifier, à tout moment, de l’origine de ses revenus, de leur lieu d’imposition et du montant des impôts acquittés à l’étranger.
La structuration du patrimoine et des flux financiers peut également contribuer à sécuriser la situation fiscale. L’utilisation de structures adaptées, notamment pour la gestion des droits à l’image ou des investissements, permet d’optimiser la fiscalité tout en limitant les risques de requalification.
Enfin, le recours à des professionnels spécialisés apparaît indispensable. La fiscalité des sportifs internationaux nécessite une expertise approfondie et une coordination entre plusieurs juridictions. Un accompagnement adapté permet d’anticiper les risques, de sécuriser les opérations et de gérer efficacement les éventuels contentieux.
Conclusion
La fiscalité des sportifs internationaux repose sur une articulation complexe entre le droit interne et les conventions fiscales. La réforme de l’article 4 B du Code général des impôts en 2025, qui consacre la primauté du droit conventionnel, renforce cette logique et souligne l’importance d’une approche globale.
La décision du Tribunal administratif de Paris du 15 mars 2023 démontre que la double imposition constitue un risque concret, notamment en l’absence de preuve d’imposition à l’étranger. Dans un contexte marqué par le renforcement des contrôles fiscaux internationaux et l’évolution constante des normes, la sécurisation fiscale des sportifs repose sur une anticipation rigoureuse et une documentation précise.
FAQ – Fiscalité des sportifs internationaux
Où sont imposés les revenus d’un sportif international ?
Les revenus d’un sportif sont en principe imposés dans l’État où l’activité est exercée, conformément à l’article 17 du modèle OCDE.
Un sportif peut-il être imposé dans plusieurs pays ?
Oui, un sportif peut être imposé à la fois dans l’État où il exerce son activité et dans son État de résidence. Les conventions fiscales permettent toutefois d’éviter une double imposition.
Comment éviter la double imposition ?
La double imposition peut être évitée grâce aux conventions fiscales internationales, notamment via le mécanisme du crédit d’impôt, sous réserve de justifier de l’imposition à l’étranger.
Qu’est-ce que la résidence fiscale ?
La résidence fiscale est déterminée en fonction du foyer, de l’activité professionnelle ou du centre des intérêts économiques, sous réserve des conventions fiscales.
La France impose-t-elle les sportifs étrangers ?
Oui, les sportifs non-résidents peuvent être soumis à une retenue à la source sur les revenus tirés d’une activité exercée en France, en application de l’article 182 B du CGI.






